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J'ai l'intention de concrétiser mon besoin de m'impliquer socialement par l'étude macroscopique des problèmes environnementaux. Je me suis toujours intéressée aux lacs, aux bassins hydrographiques, mais moins aux poissons et aux bactéries. La dynamique d'une forêt m'intrigue davantage que la production de chlorophylle ou l'arbre lui-même. C'est dans cette optique que je me suis inscrite à la maîtrise.

Guidée par deux codirecteurs de recherche, l'un en santé environnementale, l'autre en sciences atmosphériques, je vais étudier la distribution de l'ozone troposphérique, un polluant impliqué dans la formation du smog et souvent transporté sur une longue distance. Ainsi, je vais réfléchir, de façon globale, à cet aspect de la dynamique du transport. Ma double formation en physique et en géographie sera mise à profit.

Je vais notamment avoir recours à la climatologie, à l'hydrologie et aussi à la thermodynamique, une discipline dont j'aime particulièrement résoudre les problèmes de mouvement de masses d'air et de formation des nuages. Considérant l'importance des précurseurs atmosphériques dans différents phénomènes de pollution, ces champs d'application de la science ont un aspect pratique très direct.

La pollution doit être réglée à la source, personne ne le conteste. Mais le monde économique étant ce qu'il est, il faut développer encore plus d'expertises pour mieux protéger la vie. J'espère contribuer à une meilleure compréhension de la circulation des polluants afin de déterminer d'où ils viennent, comment ils se forment et quelles sont les réactions chimiques en jeu, les risques de dispersion et de contamination.

Dans le cadre des changements climatiques, le défi est de taille car le comportement de l'atmosphère est appelé à changer avec les températures.

J'aimerais travailler, par exemple, au sein d'une équipe multidisciplinaire comme celle qui gère les urgences à Environnement Canada. J'aimerais développer un modèle de distribution et de compréhension des polluants atmosphériques applicable aux environnements urbains. Ce modèle tiendrait compte des statistiques géographiques et de la physique de l'atmosphère. Je voudrais aussi servir d'interprète entre les scientifiques et les populations. Ultimement, je vise le rapprochement harmonieux de l'Homme et de son environnement et, si j'ose dire, la résolution de conflits transfrontaliers pour un bénéfice commun en termes de santé.

C'est au cégep que commence à se dessiner concrètement notre avenir professionnel. Quand on est curieuse de tout, choisir une voie qui concilie tous nos intérêts n'est pas facile. Je me suis décidée pour un double DEC Optimonde au Cégep du Vieux-Montréal. Parfait pour moi ! J'ai relevé de réels défis mathématiques et, en même temps, je me suis intéressée à l'anthropologie et à l'économie internationale.

À l'université, je me suis inscrite en physique en me disant que si cela ne me satisfaisait pas, je changerais de programme. J'ai opté pour un compromis: majeure en physique et mineure en géographie. L'été, je travaillais avec le consortium écologique comme chef d'équipe de bénévoles, puis comme répartitrice. Notre mandat était de minimiser la quantité de matières envoyées au dépotoir et de favoriser le recyclage, lors d'évènements comme le Festival Juste pour rire et le Grand Prix de Montréal.

Mes parents m'ont transmis leur conscience sociale. Ils ont une boutique d'art amérindien à Saint-Sauveur. Comme eux, je me sens interpellée par les peuples autochtones, par leur vision de l'interdépendance entre les humains et leur environnement. Impliquée auprès du groupe autochtone d'Amnistie internationale, j'ai travaillé à l'instauration d'un club de soccer dans une réserve atikamekw.

Les sciences m'intéressent, mais aussi les comportements humains, l'environnement, l'art, l'histoire, même les règles de grammaire! J'ai finalement réalisé que la science fait désormais partie de ma vie et j'ai choisi, pour ma maîtrise, de concilier ma double formation en physique et en géographie avec mes préoccupations environnementales. Ma démarche scientifique sollicitera aussi les mathématiques. Cette option englobante me ressemble.

Il reste que je suis avant tout une physicienne. À ce titre, je mathématise les problèmes avec un certain niveau d'abstraction. Je cherche la mécanique, les liaisons atomiques, les phénomènes optiques, quantiques... je réfléchis aux possiblités, je décortique pour généraliser.

Dans le domaine de recherche qui m'intéresse, les équipes sont multidisciplinaires. C'est passionnant! L'idée de travailler, en tant que physicienne et géographe, avec des chimistes, mais aussi avec des politiciens, des médecins et des épidémiologistes, m'attire énormément. Je me sens prête à relever mon défi professionnel.

Entre Montréal, la Rive-Sud puis la Rive-Nord, mon enfance est marquée du sceau de voyages en famille en Amérique centrale et de camping au Québec. J'ai vu les grandes pyramides maya et j'ai été impressionnée par ce que l'Homme peut accomplir. À 16 ans, mes parents m'ont jugée suffisamment responsable et autonome pour me permettre de voyager sans eux. J'ai alors découvert l'Europe. J'ai appris l'espagnol et je suis retournée en Amérique latine. Chacun de mes voyages m'en apprend beaucoup sur le monde mais aussi sur moi.

J'ai toujours aimé l'école. De la maternelle, je me souviens de la passion communicative d'une éducatrice pour l'astronomie. Il était possible, selon elle, de découvrir de nouvelles planètes. Notre conception du monde n'était pas immuable. J'étais fascinée! J'aimais beaucoup apprendre mais étant timide, je demeurais solitaire.

En première année, j'ai rapidement su lire, écrire et m'organiser pour mes devoirs. Un livre sur le sous-sol de la Terre m'a particulièrement intéressée. Je me rappelle aussi le grand effort de compréhension que m'avait demandé l'équation 2 - 4 = -2. Je n'avais que six ans!

Au secondaire, j'ai fait du piano, de la danse, du théâtre... Peu de souvenirs d'activités scientifiques, sinon une recherche sur les animaux et la construction d'une machine à poulies. En revanche, de mémorables défis mathématiques. J'aidais mes camarades à trouver les solutions. C'est dans ces années-là que j'ai découvert mon leadership: à titre d'exemples, je suis devenue capitaine de mon équipe de volleyball et directrice du journal étudiant.

Je dirais que l'acquis le plus significatif de mon adolescence est probablement la conscience des enjeux sociaux et environnementaux du monde. Voulant saisir l'engagement du mouvement altermondialiste, j'ai suivi le Sommet des Amériques à la télévision et sur Internet. J'ai ensuite participé aux journées québécoises de solidarité internationale. J'ai beaucoup lu sur les problèmes environnementaux, notamment sur les pluies acides, la couche d'ozone et l'eau. L'essai de Maude Barlow et Tony Clarke, L'or bleu, m'a fait voir l'importance du politique dans le dossier des ressources naturelles.

Il y a des domaines de recherche qui sont plus un lieu de rencontre de chercheurs provenant de différents horizons qu'une discipline scientifique en soi. C'est le cas de la physique de l'environnement. Ce n'est pas vraiment une branche de la physique, ni des sciences environnementales. C'est un intérêt, voire une préoccupation, celle de chercheurs qui étudient l'environnement à l'aide des outils de la physique.

En effet, de nombreux chercheurs utilisent les outils de la physique sans être physiciens eux-mêmes. Par exemple, les océanographes qui étudient les effets des courants océaniques sur des populations d'espèces marines se servent de modèles mathématiques décrivant ces courants. Or, ces modèles ont été mis au point grâce à la physique des mouvements des liquides. Elle permet de décrire les courants océaniques en langage mathématique.

Puis, on traduit ensuite les équations en langage informatique pour que les océanographes puissent utiliser ces modèles à l'aide d'ordinateurs. On a donc là des physiciens qui collaborent avec des mathématiciens, des informaticiens, des biologistes marins, ainsi que des ingénieurs qui mettent au point les satellites d'observation des océans.

Il en va de même pour la construction des modèles météorologiques pour prévoir le temps quelques jours à l'avance. De même des modèles climatiques qui tentent d'évaluer les effets des gaz à effet de serre et l'amplitude des changements climatiques. D'ailleurs, les scientifiques qui étudient les impacts des changements climatiques et des mesures pour les contrer se fient aussi à la physique et à la modélisation mathématique.

Par exemple, pour calculer la quantité de CO2 (gaz à effet de serre) qui pourrait être capturée par les arbres lors d'opérations de reboisement et déterminer les conséquences de cette capture sur le climat.

La physique de l'environnement est donc au cœur de sujets d'actualité. Un autre de ces sujets est aussi un thème favori des physiciens: l'énergie. L'humain est en effet un grand consommateur d'énergie au quotidien et il puise cette énergie dans l'environnement: pétrole, nucléaire, solaire, hydroélectricité, éolien, géothermie. Tous ces sujets peuvent s'étudier à l'aide de la physique et donc entrer dans le cadre de la physique de l'environnement. Par exemple, améliorer le rendement énergétique des panneaux solaires, analyser la dispersion atmosphérique des émanations de pots d'échappement ou encore la gestion des déchets nucléaires.

Un enjeu important de la physique de l'environnement est d'intérêt particulier au Québec: l'eau, celle qu'on boit tout comme celle qui irrigue les champs. Il s'agit, par exemple, d'analyser les mouvements d'eau (provenant de la pluie ou de la neige fondue) à la surface et dans le sol québécois. Pourquoi? Pour prévoir les inondations et prévenir à l'avance les habitants, pour avoir une meilleure connaissance de l'irrigation des champs, pour surveiller le renouvellement de l'eau dans les nappes phréatiques, anticiper les niveaux d'eau en amont des barrages hydroélectriques et les effets des changements climatiques, etc.

Quelles seront les conséquences d'une baisse du niveau d'eau dans les Grands lacs sur le Bas-Saint-Laurent? Un déversement de substance toxique s'est produit; dans quelle rivière et dans quel lac va-t-elle se retrouver? Les réponses à toutes ces questions font appel au moins en partie à la physique.

La physique de l'environnement est un sujet vaste et hétéroclite. Tellement qu'il y a des chercheurs qui ne sont même pas conscients que leurs recherches très spécialisées en font partie! Mais, plus qu'un sujet de recherche, la physique de l'environnement est une préoccupation majeure de notre temps.