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L'industrie minière est actuellement incapable de produire sans polluer. Alors, comme ingénieur, je vais faire face à un dilemme: vais-je accepter d'accroître la production, quitte à fermer les yeux sur les rejets de gaz à effet de serre, sur les montagnes de résidus à ciel ouvert et sur la dangerosité de certaines installations? Le choix de mon employeur prend ici tout son sens. Idéalement, il devrait avoir un bureau de l'environnement et de la sécurité, en somme un plan de développement durable.
Un chantier n'est pas un vase clos. Au-delà des impératifs économiques légitimes de la compagnie, des droits personnels des travailleurs et de l'obligation morale de minimiser l'empreinte des activités commerciales, il y a tout un écosystème. Aucune espèce vivante ne devrait être menacée par une exploitation minière, ni d'ailleurs par aucune autre activité humaine.
Je serai sûrement amené à aider, dans mon champ d'expertise, mais en tant que citoyen, je pense m'impliquer dans d'autres domaines. Je ne peux demeurer passif devant le problème qui nous concerne tous: le réchauffement climatique.
Vu mon expérience au Rwanda, je suis très sensible à la sécurisation des mines. Je ne pense pas seulement aux conditions de forage, mais aussi au sauvetage des mineurs emprisonnés dans les tunnels. Mais je ne peux tout faire seul. Pour ma part, j'aimerais surtout travailler à la restauration et à la réhabilitation des sites miniers. Je m'intéresse beaucoup au traitement des rejets, particulièrement à ce qu'on nomme le drainage minier acide (DMA).
Quelle découverte scientifique m'apporterait un sentiment d'accomplissement et me rendrait fier?
Trouver un organisme vivant acidophile, animal ou végétal, macro ou micro. Ce défi me hante depuis la fin de mon stage, l'été dernier.
Ma mission: me servir des connaissances acquises durant ma formation académique pour rechercher, dans le monde du vivant, un organisme capable de recycler les eaux contaminées, et ainsi éliminer naturellement les rejets acides provenant des exploitations minières au Québec et ailleurs dans le monde.
À bien y penser, les sciences ont commencé à m'intéresser avant même que j'aille à l'école. Mais je ne savais pas, alors, que mes observations d'enfant avaient un caractère scientifique. Je me demandais pourquoi de la vapeur s'échappait de l'eau qui bouillait. Comment les herbivores broutaient et pourquoi on fertilisait les champs avec leur fumier. Tant de choses bizarres demandaient des réponses.
J'ai voulu devenir agronome. La voie vers laquelle j'ai bifurqué, le génie minier, n'est pas sans lien, car la qualité du sol est tributaire du sous-sol. Plus encore, le minéral est aussi relié à l'animal et au végétal. J'ai un rôle à jouer dans cet unique et même «tout» aux plans économique, socioculturel et environnemental.
Je crois avoir l'étoffe d'un bon ingénieur des mines. Je suis un homme de terrain. Le 9 à 5 dans un bureau, ce n'est pas pour moi! De plus, les régions éloignées m'attirent. Je me sens à l'aise dans le travail d'équipe: je pose des questions, je donne mon point de vue, j'apprécie la critique constructive. Je cherche toujours à améliorer mes méthodes de travail, à m'adapter le plus vite possible à mon environnement. Je suis créatif. J'aime trouver des solutions pour aider les autres.
Les mines, c'est un domaine en plein essor, tant au national qu'à l'international. La baisse actuelle des prix de certains métaux de base est liée à la récession. Je crois que, d'ici la fin de mon baccalauréat, le contexte sera meilleur. Dans tous les cas, le taux d'embauche est remarquablement élevé en génie minier. J'ai à coeur d'occuper un poste qui assure mon indépendance financière, voire celle de mes proches.
De plus, je veux contribuer personnellement et positivement à l'économie de ma terre d'adoption.
J'étais un fan de Jacques-Yves Cousteau. Je suivais religieusement, à TV5, l'émission C'est pas sorcier. Et je lisais le magazine Science et vie. J'admirerai toujours Einstein et Newton mais j'ai mon héro contemporain, un expert en environnement minier: le professeur Michel Aubertin. Chaque jour, à Polytechnique, je me rapproche un peu plus de mon double objectif: obtenir mon bac en génie des mines et un emploi stimulant.
Je comprends aujourd'hui que si j'abandonnais mes études, ce serait en même temps une renonciation à un rêve ancré au plus profond de moi. Je ne trouve pas cette option intéressante.
Né dans un pays pauvre, le Rwanda, mon aventure scientifique a commencé en 1992, dans l'autobus scolaire qui m'amenait à mon école primaire en même temps que mes voisins qui, eux, fréquentaient déjà un établissement secondaire de Kigali. J'étais captivé par leurs récits des expériences qu'ils réalisaient dans les laboratoires de chimie, de biologie et de physique. Mon père m'y encourageait, me disant que pour aller loin dans la vie, rien ne valait les sciences.
Quelques années plus tard, le résultat d'un examen national m'a dirigé, pour mes trois dernières années de secondaire, vers un programme de biologie-chimie. Ensuite, j'ai obtenu une bourse d'études à l'Université nationale du Rwanda. J'ai été admis dans le programme de baccalauréat en agronomie, dont j'ai complété trois des cinq années d'études. C'est à cette période de ma vie que j'ai réalisé que je m'intéressais avant tout au secteur primaire, c'est-à-dire à la production de matières premières.
Cette conversation a fait remonter en moi le souvenir d'une mine de mon pays, un petit gisement qu'exploitait mon cousin, en contravention des règles minimales de sécurité. La visite de l'exploitation m'avait d'autant plus traumatisé que, deux jours plus tard, un accident était survenu.
Cependant, je me souvenais aussi du boom de la fin des années 90 dans l'exploitation des minerais de colombium et de tantale dont l'alliage, le coltan, est de plus en plus utilisé dans les industries automobile, aéronautique et électronique.
En additionnant ce que je pourrais faire pour améliorer les conditions de travail des mineurs et l'excellent taux d'embauche dans la profession, j'ai compris que cela valait le coup de troquer l'agronomie pour le génie minier. J'ai choisi de déménager à Montréal, là où il me serait plus facile d'apprendre l'anglais, un prérequis pour une carrière internationale. C'est ainsi que je me suis retrouvé à l'École polytechnique. Et plus je découvre, plus je me passionne.
Observe les objets autour de toi. Nombre d'entre eux sont faits de matériaux provenant d'une mine à ciel ouvert ou souterraine. Les humains exploitent le sous-sol de la Terre depuis des siècles, mais ce n'est que depuis peu qu'ils se préoccupent des conditions de travail des mineurs et des conséquences environnementales de leurs prélèvements. Le génie des mines, ce n'est pas uniquement une affaire de production.
En quoi consiste le travail de l'ingénieur minier? C'est lui qui élabore la stratégie pour extraire une matière du sol et qui la met ensuite en application sur le terrain. Pour cela, il collabore avec des géologues qui analysent le sol, avec d'autres ingénieurs spécialisés dans la machinerie lourde et les équipements techniques et, bien sûr, avec les ouvriers et les mineurs. S'il travaille la majorité du temps sur le chantier, il descend régulièrement dans la mine pour vérifier que tout y est conforme à ses directives.
Il ne dédaigne pas sortir des centres urbains, car les chantiers se trouvent très souvent en région éloignée.
L'expertise de l'ingénieur minier peut aussi l'amener à participer à de grands travaux de génie civil, comme la construction de métros, de tunnels ou encore de barrages et autres ouvrages hydroélectriques, voire même de réseaux routiers.
Revenons aux mines, le principal attrait de la profession. Les métaux arrivent en tête de liste pour la quantité de matière extraite. On pense tout de suite à l'or, à l'argent, au cuivre, mais il y en a bien d'autres, tous utiles. Par exemple le fer, qui entre dans la composition des poutres d'acier. Le bauxite qui devient de l'aluminium d'usage domestique ou industriel. Le lithium qui entre dans la composition de la pile interne des lecteurs MP3.
On ne mine pas que les métaux, loin de là. On extrait du sous-sol les diamants et les autres pierres précieuses ou semi-précieuses, le cristal de roche, le granite, le marbre... même le sel, dont l'une des plus anciennes exploitations date du 13e siècle.
Certains produits minés sont controversés, comme l'amiante, de type chrysotile au Québec. La NASA en a besoin, mais sa manipulation expose les travailleurs à de graves problèmes de santé. Même chose pour le charbon, exploité au Canada depuis 1639. Le pays possède près de 4% des ressources mondiales charbonnières, dont l'utilisation demeure dommageable pour l'environnement. Heureusement, l'industrie est de plus en plus soucieuse de la saine gestion des matières premières.
Le pétrole et le gaz naturel, comme le gaz de schiste (shale), ne font pas partie du champ de compétence de l'ingénieur minier,
contrairement à l'extraction des sables bitumineux. Encore là, l'environnement est au coeur du débat. Il existe déjà des méthodes moins polluantes d'extraction, mais elles sont plus coûteuses. Le défi consiste à diminuer les coûts pour que l'industrie pétrolière les adopte.
Cela dit, le problème le plus courant vient des résidus des mines, plus précisément des substances toxiques naturellement présentes dans les roches. Ce sont souvent des métaux lourds et des sulfures. Exposés à la pluie, ils se dissolvent dans l'eau de ruissellement et pénètrent le sol, au risque de contaminer des cours d'eau ou des nappes phréatiques. Les ingénieurs miniers s'attaquent à cette menace en protégeant les résidus des intempéries ou en les réintroduisant dans la mine, enfermés dans une cage de béton. Il reste toutefois beaucoup de chemin à parcourir pour réduire l'empreinte environnementale laissée par l'exploitation minière.
Autre préoccupation très importante de l'ingénieur minier: la sécurité et la santé des travailleurs. On pense aux efforts déployés pour sauver les trente-trois mineurs chiliens à l'automne 2010. Ils ont survécu grâce à un refuge souterrain avec accès à l'eau potable. On se félicite de l'amélioration constante des équipements de protection individuelle: masques bloquant les poussières, écouteurs émettant un bruit blanc qui annule le vacarme des machines, etc. On met au point des machines automatisées capables de remplacer les ouvriers dans les situations de risques trop élevés.
Dans le domaine du génie minier, on mise de plus en plus sur la prévention des accidents du travail et sur la préservation de l'environnement. Les défis changent selon les pays et l'ingénieur des mines formé au Québec peut être appelé, ici ou ailleurs, à jouer un rôle crucial pour l'avenir de notre planète.


