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La géomorphologie, c'est la science des paysages, ou l'étude des processus physiques et chimiques qui modifient le sol de notre planète. Pendant mon bac, je me suis découvert une véritable passion pour la géomorphologie périglaciaire et glaciaire. Une passion que j'assouvis pleinement à la maîtrise. Non seulement je fais partie d'un groupe de chercheurs hyper-motivés et stimulants, mais je reçois un salaire pour ma contribution. Nous étudions des problématiques d'actualités et nous cherchons ensemble des solutions pratiques et réalistes.
J'aime particulièrement travailler au Nunavik. Au Nord, les changements climatiques ont de graves conséquences. Cela a commencé il y a près d'une vingtaine d'années. Le pergélisol - le sol normalement gelé en permanence - fond et déstabilise les infrastructures. Dans les pires cas, des villages sont évacués ou devront l'être bientôt.
Mais quand exactement? Et où bâtir de nouveaux villages? Des questions auxquelles nous essayons de répondre afin de protéger les populations inuites. Nous faisons du carottage dans les villages d'Akulivik, Puvirnituq, Kangirsuk et Tasiujaq. Cela consiste à prélever des échantillons de sol dans un tube creux afin d'identifier les zones à risques et celles sécuritaires.
Je m'intéresse entre autres au village de Tasiujaq. L'été dernier, mon équipe a trouvé une couche d'argile qui pourrait s'étendre sous tout le village. Mélangée à l'eau de fonte du pergélisol, elle provoquera inévitablement la déstabilisation des infrastructures. L'été prochain, notre mission sera de déterminer l'étendue de la couche d'argile sous le village. Ensuite, il faudra trouver où relocaliser les familles en danger.
Je pense que nos travaux vont servir d'exemple pour l'amélioration de la sécurité des habitations en milieu périglaciaire. Mais chaque village a ses particularités et le territoire est vaste: plus de 20% de l'hémisphère nord est recouvert de pergélisol et nos connaissances de ce type de sol sont encore bien modestes.
Mon avenir? Dans un monde idéal, je suis souvent sur le terrain, à creuser pour comprendre l'histoire géologique de l'endroit. Les missions sur le terrain sont difficiles physiquement, elles requièrent beaucoup d'énergie, mais elles sont la partie la plus stimulante de mon travail. Dans un monde idéal, j'aide des milliers de gens à trouver les meilleurs emplacements pour construire sur le pergélisol des maisons durables. Dans un monde idéal, je demeure passionnée par mon travail, je suis sans cesse confrontée à de nouveaux défis. Je continue d'apprendre, quotidiennement. selon moi, l'apprentissage est le but de la vie.
Je n'avais pas de diplôme de secondaire, alors quand j'ai voulu retourner aux études après quelques années sur le marché du travail, j'ai commencé par des cours à l'éducation des adultes. Par la suite, mon expérience de vie m'a permis d'accéder à l'université sans devoir passer par le cégep. Je ne dis pas que ce cheminement est un modèle pour tous; je dis que pour les personnes très motivées qui veulent reprendre des études, c'est une voie généralement accessible.
Si je n'ai pas choisi au départ des cours qui m'allumaient comme je souhaitais l'être, je m'en suis rendue compte et, sans me décourager, j'ai décidé de réviser mon plan de carrière. Je me suis demandé ce que j'aimais quand j'étais enfant. Je me suis souvenue que je voulais toujours comprendre comment fonctionnent les choses. À force de réfléchir, j'ai trouvé où était ma place: dans un programme de géographie physique environnementale.
Et là, je me suis découvert une véritable passion: la géomorphologie périglaciaire.
J'étudiais à l'Université de Montréal, mais je suivais des cours du programme de géologie de l'UQÀM. C'est génial, les collaborations entre les institutions d'enseignement. Cela permet aux étudiants de se composer quasiment un programme sur mesure, en fonction de leurs intérêts et de leur vision de leur avenir professionnel.
Ainsi, j'ai suivi des cours sur la physique de la tectonique des plaques et des mouvements terrestres, les processus physiques et chimiques qui transforment le paysage, et d'autres encore en lien avec la géomorphologie. J'ai particulièrement été fascinée par la formation de la glace: les processus, le contexte et les répercussions sur l'environnement.
Mes cours de sciences m'ont tellement motivée qu'après avoir obtenu mon baccalauréat, j'ai aussitôt commencé une maîtrise. Je ne pensais pas me rendre si loin, et c'est arrivé. C'est en partie grâce à un professeur qui a cru en moi et m'a amenée à me dépasser. C'est aussi grâce à mon ami Simon. C'est lui qui m'a appris à rédiger des travaux de niveau universitaire, lui qui a fait que je n'ai pas lâchée en cours de route. Il est la personne la plus significative pour moi, avec ma fille bien sûr. Je veux que tous deux soient fiers de moi.
En ce moment, j'envisage de trouver un emploi après ma maîtrise en géomorphologie, mais il se pourrait bien que quelque chose me pousse à entreprendre un doctorat.
À l'école primaire, j'avais de la difficulté à rester assise: j'étais hyperactive. Je pensais qu'il n'était pas possible de s'accomplir davantage qu'en étudiant la science afin d'aider l'humanité à avancer. Mais l'apprentissage en classe était tellement difficile! J'apprenais mieux par moi-même, alors je me suis vite persuadée que je n'y arriverais jamais.
Pourtant, quand j'y repense, je cherchais toujours à comprendre pourquoi les choses sont telles qu'elles le sont, sans m'arrêter aux premières réponses qui me venaient à l'esprit. J'avais une boîte avec des fils électriques, des batteries et des ampoules de toutes sortes. Je collectionnais les roches, je passais des heures à les observer, les classer, les comparer. Le sable me fascinait. La neige me captivait. Je m'amusais avec tout ce qui me permettait de faire des expériences de physique.
À l'adolescence, ça été pire encore. Je n'avais plus aucune concentration et je n'ai pas réussi à aller plus loin que la quatrième secondaire. J'ai décroché de l'école à seize ans. J'ai travaillé pendant deux ans, dans des boutiques et des restaurants, puis j'ai eu une petite fille. Même si je continuais d'habiter chez mes parents, les difficultés économiques me déprimaient. Un jour que je n'avais pas particulièrement envie de me lever à quatre heures du matin pour aller travailler, je me suis dit que si je voulais offrir à ma fille une vie plus facile que celle que j'avais, je devais lui donner la possibilité d'étudier. J'ai donc décidé de retourner moi-même aux études.
J'ai commencé par l'éducation des adultes, avec comme objectif d'enseigner au primaire. Le programme universitaire étant contingenté, je n'ai pu être admise qu'à mon deuxième essai. Entre-temps, j'ai fait un certificat en arts plastiques.
Lorsque j'ai finalement débuté le bac en enseignement au primaire, non seulement je me suis sentie différente des autres, mais les cours ne me passionnaient pas. Je ne me suis pas cachée que je voulais faire ce métier uniquement pour avoir une vie pratique, avec de longues vacances d'été. J'ai reconnu que la stimulation était un élément essentiel dans ma vie, et qu'elle était absente de cette perspective d'avenir.
Tout d'abord découragée, je me suis ressaisie et j'ai changé d'orientation professionnelle: j'ai réussi à entrer dans un programme de géographie physique à l'UQÀM. L'année suivante, je me suis inscrite à l'Université de Montréal où je pouvais suivre plus de cours scientifiques. J'ai alors découvert ce qui me passionnait vraiment: la géomorphologie.
Branche de la géographie physique, la géomorphologie s'intéresse à l'évolution des formes du relief terrestre. Pourquoi ce territoire a-t-il tel relief? Comment va-t-il se transformer avec le temps? Quels en seront les impacts sur l'environnement et les sociétés humaines? Des questions essentielles quand on réalise l'importance de cette discipline récente pour le développement durable.
Les géomorphologues cherchent à déterminer comment un paysage évolue par lui-même, en fonction de la composition du sol et de l'influence d'éléments extérieurs naturels, principalement le climat. Or, les changements climatiques actuels entraînent des modifications profondes de certains sols.
Par exemple, dans le grand Nord, le sol est gelé depuis très longtemps: on le nomme pergélisol, ou permafrost, en anglais.
Mais on le sait, le Nord se réchauffe de façon alarmante. La fonte du pergélisol peut entraîner des glissements de terrain et une déstabilisation du sol sous des routes, des pistes d'atterrissage et des bâtiments. Les géomorphologues travaillent à identifier les zones où cela peut se produire. Y a-t-il des villages qu'il vaudra mieux évacuer? Quels territoires seraient sécuritaires pour la construction de nouveaux villages?
Dans le même ordre d'idées, la diminution de la quantité de glace dans le sol, voire des banquises, rend les berges plus sujettes aux glissements de terrain et à l'érosion par les vagues. Les géomorphologues surveillent les côtes et tentent de prévoir les effets de leur recul, parfois rapide. Récemment, un village a dû être partiellement évacué en Alaska. Plus près de nous, des maisons de la Côte-Nord, ont dû être abandonnées au printemps 2010.
Les géomorphologues s'intéressent aussi aux conséquences des activités humaines sur l'évolution des sols et des reliefs. Par exemple, ils aident à trouver des emplacements stables pour le passage de nouvelles routes. Il ne suffit pas de connaître la nature du terrain sur lequel on va en bâtir mais il faut aussi prévoir les changements provoqués dans le sol par les travaux et par présence de la route elle-même, car ceux-ci vont affecter la route en retour.
Autre exemple: les maisons érigées sur une berge sont occasionnellement inondées. Leurs malheureux propriétaires auraient bénéficié de l'expertise d'un géomorphologue! Il leur aurait conseillé un site moins à risque d'inondation. Ou un mode de construction sur pilotis plus approprié, comme on l'a fait récemment lors de la reconstruction de la Nouvelle-Orléans.
Si l'eau n'est pas toujours un élément bénéfique, à l'opposé, l'avancement des déserts sur les terres arables et les forêts constitue dans tous les cas un grave problème. Quelles sont les régions les plus menacées?
De quel sursis disposent les populations locales pour se prémunir ou s'adapter? En étudiant les images satellites, la végétation et les vents, les géomorphologues peuvent identifier les terres agricoles en péril et l'urgence d'agir. Ils collaborent ensuite avec d'autres spécialistes et les populations, pour planifier, puis procéder au sauvetage des habitations et des terres cultivables.
Les géomorphologues passent beaucoup de temps sur le terrain. Le carottage - forage à l'aide d'un cylindre creux - est l'une de leurs techniques d'échantillonnage des sols. Certains y cherchent des indices pour écrire l'histoire géologique et climatique qui a façonné les paysages actuels.
On considère à tort le sol comme une entité immuable. Il change constamment et cela affecte les écosystèmes naturels et les sociétés humaines. Les changements climatiques accélèrent le phénomène. Plus encore, les conséquences de ces changements constituent l'enjeu principal de la géomorphologie pour les années à venir.
Les géomorphologues sont à ce point en demande que plusieurs se font offrir des emplois avant la fin de leurs études!


