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Mon renoncement à mon rêve de toujours, devenir vétérinaire, a suscité surprises et étonnements. Mes amis et ma famille n'arrivaient pas à le croire. Moi-même, j'y parvenais difficilement... C'est là que j'ai réalisé que les personnes que j'admire le plus sont celles qui ont réussi à trouver ce qui les passionne réellement.
J'ai vécu une rentrée à l'Université Mc-Gill complètement exaltée. D'une certaine manière, je m'attardais moins à mes cours qu'aux activités parascolaires. C'était comme si je n'avais plus envie de réfléchir à mon avenir...
Je m'étais impliquée dans de nombreux comités, dont un qui récoltait dans des épiceries de la nourriture périmée, mais encore comestible. Une fois par semaine, on en faisait des repas gratuits pour les étudiants.
Je m'étais également jointe à Ingénieurs sans frontières pour y faire de la traduction et participer à une collecte de fonds. De plus, j'étais dans l'équipe sportive d'aviron.
Bref, je vivais le moment présent à 110%. J'avais été confortée dans cette attitude par des conférences où l'on nous encourageait à nous impliquer le plus possible, notamment une de Jack Layton qui disait avoit fait du water-polo à l'université. Selon lui, ce sport était à l'image de la politique: «en dehors de l'eau, tout le monde sourit, les coups se passent sous l'eau».
Il m'a fallu attendre ma deuxième session dans le programme «International Agriculture and Food Systems», pour me rendre compte que je m'intéressais davantage à l'impact de la crise alimentaire et de la nutrition sur la santé des pays en développement qu'à l'agriculture en soit. J'ai alors réorienté ma majeure vers la santé et la nutrition.
Je ne suis pas encore certaine de ce que je ferai plus tard, mais j'aimerais apporter ma contribution à l'amélioration de la qualité de la vie. Je voudrais faire partie des solutions pour améliorer les choses dans ce monde.
Au moment de m'inscrire à l'université, j'ai appliqué à une variété étonnante de programmes allant des études internationales à la médecine vétérinaire, en passant par la nutrition, le droit international et la médecine «humaine». Sans même attendre les réponses, au printemps, mon diplôme d'études collégiales en poche, j'ai repris mon sac à dos, cette fois en direction de l'Ouest. Ainsi, grâce à un autre programme gouvermental, j'ai pu perfectionner mon anglais à Victoria, sur l'île de Vancouver.
En juin, j'ai reçu la nouvelle que j'étais acceptée en médecine vétérinaire. À ma grande surprise, je n'ai pas sauté de joie. J'ai réalisé que j'avais plutôt en tête un programme de l'Université McGill - «International Agriculture and Food Systems» - qui combinait sciences de l'agriculture et de la nutrition, biologie et sciences humaines telles que l'économie et le développement international.
J'en ai parlé à tout le monde, récoltant conseils après conseils, même si je savais que je devais en définitive trouver la réponse en moi. Mais comment expliquer, aussi bien aux autres qu'à moi-même qui n'avait jamais vécu qu'à Montréal, que j'étais attirée par l'agriculture, mais que je ne voulais pas devenir fermière? Mon indécision était telle qu'il m'arrivait d'en pleurer. Plus rien ne me semblait facile.
Après plusieurs remises en question, j'ai finalement refusé l'offre de la faculté de médecine vétérinaire. J'ai pris le risque d'essayer de changer le monde à l'aide de mes connaissances scientifiques.
On me connaissait comme «la petite Clémence qui aime les animaux». J'adorais mon chien et je harcelais mes parents pour en adopter un deuxième. J'ai accueilli des inséparables abandonnés, j'ai fait éclore des oeufs de poussin et de cannetons en incubateur et j'ai eu de nombreux poissons. Plus tard, bénévole pour la Société protectrice des animaux (SPCA), j'ai accueilli une chatte gestante afin qu'elle ait ses petits dans le confort de ma maison. À dire vrai, j'idolâtrais le «médecin» de mon chien et je n'avais qu'un rêve: devenir vétérinaire.
Mes parents m'encourageaient dans cette voie. Ce n'était pas utopique, j'avais de bonnes notes dans les matières scientifiques. J'ai donc fait mon CÉGEP en sciences de la nature, tout en travaillant à temps partiel dans une clinique vétérinaire.
L'été de mes 18 ans, à mi-parcours de mes études collégiales, j'ai participé à Québec sans frontières. Il s'agissait d'un stage de coopération internationale en prévention des maladies transmises par les animaux, en partenariat avec une clinique vétérinaire de Cuba. Ce voyage me permettait d'apporter mon aide à une communauté. Il me faisait découvrir une culture très différente de la mienne. En somme, il m'ouvrait les yeux sur le monde. J'étais complètement bouleversée. Il se produisait en moi quelque chose que je sentais irréversible.
De retour au Québec, je me suis mise à douter. Vétérinaire, était-ce vraiment ce que je voulais faire? J'ai vu une conseillère en orientation dans l'idée qu'elle pourrait, soit me rassurer sur mon choix, soit m'aider à identifier de nouvelles possibilités.
J'ai eu recours à Cybermentorat-Academos, pour rencontrer des professionnels oeuvrant dans divers domaines. J'ai visité des universités et je me suis renseignée sur de nombreux programmes. Je ne voulais pas passer à côté de quoi que ce soit qui aurait pu m'intéresser. En vain... à la fin de cette année-là, je n'avais pas trouvé de métier qui me comble. Pourtant, j'en détenais les mots-clés: sciences, pays en voie de développement, environnement, contacts humains.
L'expression «agriculture internationale» évoque peut-être planter des pommes de terre au Pérou ou faire les vendanges en France, mais elle constitue en fait un domaine d'activités beaucoup plus vaste. On se préoccupe de toutes les étapes de la production de nourriture, depuis les semailles jusqu'à son transport vers les épiceries d'un autre pays. Et on compte aussi sur l'agriculture pour réduire la faim dans le monde et contribuer au mieux-être économique de pays en voie de développement. Ainsi, l'étiquette «Équitable» accolée à certains produits provient d'une vision internationale de l'agriculture.
L'agriculture internationale ne concerne donc pas que des biologistes voulant à améliorer une plante céréalière ou des chimistes à la recherche d'un nouvel engrais. On retrouve aussi des spécialistes des sciences humaines comme l'économie, la sociologie car l'agriculture est aussi une activité économique et socioculturelle.
L'enjeu le plus important de l'agriculture internationale consiste à trouver les moyens agricoles de produire suffisamment de nourriture pour une population croissante (10 milliards d'humains en 2050) avec le moins d'impacts possible sur l'environnement. Tout ça en améliorant les conditions de vie des agriculteurs, surtout dans les pays en voie de développement.
De leur côté, des biologistes tentent d'améliorer le rendement de plantes nourricières, soit par des méthodes traditionnelles de croisement ou par le génie génétique. Cela représente à la fois plus de nourriture pour la population, mais aussi plus de revenus pour les agriculteurs. D'autres spécialistes veulent implanter dans certaines régions des plantes venant d'autres pays parce qu'elles possèdent des caractéristiques intéressantes. Par exemple, une est riche en une vitamine rare dans l'alimentation locale. Ou bien une autre est résistante à des conditions locales courantes, comme la sécheresse ou un insecte ravageur.
Mais il ne suffit pas d'avoir de meilleures plantes. Il faut que leur culture s'intègre bien dans les habitudes des populations locales. Au besoin, il faudra former les agriculteurs à de nouvelles techniques et à de nouveaux outils. Et il faut surtout qu'ils puissent se payer les nouvelles semences. Pour cela, on aura peut-être besoin de mettre en place des programmes d'aide ainsi que des infrastructures pour faciliter la vente de ces récoltes améliorées (réfection de routes, construction d'entrepôts, etc.).
Tout cela dépasse la biologie. On doit faire appel à des spécialistes des sciences humaines, et parfois des ingénieurs, par exemple, pour mettre au point de nouveaux systèmes d'irrigation. Mais avant tout, il faut savoir écouter les agriculteurs locaux et collaborer avec eux.
Cette nouvelle agriculture se doit également d'être durable. Une nouvelle plante qui donne plus de nourriture en épuisant le sol de ses nutriments deviendra une nuisance après quelques très bonnes récoltes. Si on veut absolument l'utiliser, il faudra trouver de nouvelles façons d'enrichir le sol, avec des engrais de synthèse ou le fumier produit par un voisin éleveur de bétail.
Améliorer la production agricole ne consiste pas seulement à améliorer le rendement, mais aussi à la protéger contre les maladies ou les insectes. La rouille, par exemple, est un champignon qui cause des ravages dans les cultures de plusieurs plantes céréalières. Des chercheurs tentent donc de mettre au point des traitements contre cette maladie ou de développer des plantes résistantes.
Parallèlement, pour lutter contre les invasions destructrices de sauterelles, d'autres scientifiques essaient de comprendre comment ces nuées d'insectes se forment pour prévenir leur apparition. Par exemple, on se sert de satellites pour surveiller les conditions de terrain dans lesquelles apparaissent ces populations de sauterelles afin d'intervenir le plus tôt possible.
Par certains aspects, l'agriculture internationale rappelle la coopération internationale. Pour ceux qui veulent faire une différence en s'appuyant sur la science...


